à l’inverse du Petit Prince…

Bon, je dois tout de même vous avouer qu’hier j’en avais un peu marre, des trains et de la Sibérie. C’est surtout car j’ai débarqué à 6h20 (et 12º, oui je sais, c’est la température actuelle en journée en Haute-Savoie…) à Tchita qui est quand même un peu une ville glauque. Un peu comme Krasnoiarsk, mais je ne me suis pas fait inviter par un serveur ce coup-la… Donc j’ai longuement erré dans les rues avant de trouver un café ouvert pour petit déjeuner et avoir moins froid. Puis j’ai visité le joli musée sur les decembristes. Ce sont des nobles libéraux qui ont raté leur révolution le 26 décembre 1825 devant le palais d’hiver (aujourd’hui musée de l’ermitage) du Tsar Nicolas Premier. Celui ci les observés toute cette morne journée puis a fait tirer dans le tas (une soixantaine de morts), en a fait exécuter 5 et en a déporté 121 en Sibérie. La déportation ne date en fait pas du tout de Staline ! En ce temps là, elle devait être plus compliquée car il n’y avait pas de train. Les exilés ont ainsi vécu et travaillé de force dans les villes comme Irkoutsk ou Tchita pendant 30 ans, jusqu’à la mort du Tsar. Bon, dans Michel Strogoff, les 500 exilés de la région d’Irkoutsk sont graciés pour avoir défendu le grand-duc, frere du tsar, mais c’est romancé ! Souvent, les femmes ou maîtresses des decembristes sont venues les rejoindre et ont formé des petites sociétés bourgeoises dans ces bourgades et y ont introduit la mode de Paris ! (donc la civilisation, bien entendu). Certaines lettres étaient en français, ce sont oà peu près les seules choses que j’ai pu lire !

Après avoir patienté jusqu’à l’arrivée de mon train (finalement, c’est possible, les trains russes sont quelques fois en retard. Staline aurait déporté le conducteur, certainement), j’ai pris place dans mon compartiment, déjà occupé par un jeune couple de russe blanc (je fais comme les russes – et aussi les reunionnais – je parle en ethnicites maintenant !). Ce trajet, je le ferai en 2e classe « Koupe », c’est à dire dans un compartiment fermé, avec couchettes. C’est plus cher qu’en plastkart, où il y a 6 couchettes par compartiment,  dont deux dans le couloir. Rappelons que les indiens, eux, arrivent à en mettre 8 ! Le seul intérêt du Koupe, c’est de ne pas avoir les pieds qui dépassent dans le couloir. Et ni la lumière du couloir, c’est vrai. Hier apres-midi, nous avons longé pendant 250 km une belle petite rivière (quand je dis petite rivière, c’est à l’échelle russe… en France ça serait un petit fleuve). C’était très très beau, de sorte que le train et moi, on s’est réconciliés.

Au début de la rédaction de ce long, j’en étais à 77% du transsibérien : 7111 km depuis Moscou (on peut lire les bornes kilométriques depuis le train). Imaginez : je suis sur le même fuseau horaire que Sydney ! Techniquement, j’ai même quitté la Sibérie pour l’extrême-orient russe. Administrativement, j’ai quitté l’oblast de Tchita pour celui de l’Amour, mais pour l’instant, il me paraît moins beau ! Attendons Khabarovsk, km 8523 pour mieux en juger.

À voyager dans les trains russes pendant longtemps, on s’habitue à leur structure et on s’étonne des differences entre chaque train, que l’on commente entre touristes une fois rassemblés sur la terre ferme. Alors je peux vous dire maintenant que mon présent train est merdique, car une fenêtre sur deux s’ouvre seulement, et de 10 pauvres centimètres. Du coup, et encore désolée pour ceux qui ont eu un été pourri (c’est désormais fini, préparez vous à l’automne, je le ramène avec moi dans mon sac), je crève de chaud, littéralement dans mon jus… du coup, je repense avec nostalgie à ces 8 ventilateurs qui étaient présents dans les trains indiens… C’est aussi que l’on s’arrête souvent, ce qui limite la ventilation naturelle et ramène notre vitesse moyenne en-dessous des 50 km/heure. Oh mon prochain Paris-Lyon, comme je devrai le savourer !! On s’arrête aussi la nuit, ce qui nous réveille, comme un enfant qui se réveillerait à chaque fois qu’on cesse de le bercer. Ces arrêts longs et fréquents sont sans doute parfois pour laisser passer les trains (mais il y a toujours deux voies parallèles) et souvent pour absorber notre avance. En effet, les chauffeurs sont payés en fonction de leur ponctualité, de ce fait, les horaires sont prévus très larges pour qu’il soit difficile d’être en retard. Donc finalement, payer les conducteurs à la ponctualité, ce n’est pas faire avancer les trains plus vite, bien au contraire ! Enfin, me direz-vous, lorsque le trajet dure 8 jours et 8 nuits, est-on à quelques heures près ?

Ayant chaud et voulant me dégourdir les jambes (enfin je veux dire, marcher sur plus d’une longueur de wagon, plus loin que le samovar et les toilettes), oui, je suis même à la dizaine de minute près. Voilà plusieurs heures que nous n’avons pas fait d’arrêt de plus de 5 minutes, et donc nous n’avons pas pu descendre du train ; je me suis retrouvée 2 fois devant la prodvonista (hôtesse du fer) « niet, niet, niet ». Le prochain arrêt Magdagatchi n’était distant de 9 kilomètres… il y a 25 minutes. Nous y arrivons enfin, et je sens que c’est un soulagement pour tout le monde. Moi, je veux échapper un moment à l’empire de la sueur, marcher un peu et m’acheter une bouteille d’eau bien fraîche, et si possible des framboises ou autres, qu’une babouchka aura cueillies dans la forêt pour les vendre sur le quai. J’ose marcher au moins 5 wagons (cette nouvelle unité linéaire s’instaure d’elle même après quelque temps) lorsque mon prodvonik (steward, sur les longues distances ils sont toujours deux et se relaient) me dit de ne pas aller loin car on ne reste pas longtemps en gare. A vrai dire je bluffe, j’ai juste compris niet deleco « pas loin ». Peut être m’a-t’il dit « de toute façon il n’y a rien », ce que le découvre une fois les 30 wagons fret passés, qui nous séparaient auparavant de la gare. Un bâtiment délabré de gare, un vieux bâtiment de poste, une passerelle de béton bien décrépie et rien d’autre. Avant, on se payait le luxe de ne pas descendre à tous les arrêts. Maintenant on le fait systématiquement alors qu’il n’y a rien à acheter ni à voir.

Ceci n’est pas très vrai : il y a à voir les autres passagers, des autres wagons, pour me rappeler que l’humanité n’est pas réduite à 34 personnes, mais que les autres sont également poisseux, et que je suis sans doute l’unique étrangère du train, bien que sans nos gros sacs on ait du mal à se reconnaître. Si ce tableau vous paraît triste, morne, effarant ou juste ennuyeux, bien au contraire, prendre ce train m’avait manqué et me manquera clairement ensuite. C’est quand même dingue de n’avoir que ça à foutre que de regarder les couchers de soleil tous les soirs, distants de 1000km par rapport à celui de la veille. C’est un IMMENSE luxe que d’organiser sa journée entre sommeil, repas, méditation, contemplation, lecture et écriture. Amis de Paris, de La Réunion, de la Yaute ou d’ailleurs, je m’efforcerai de faire la fête avec vous jusqu’au bout de la nuit, ayant l’impression d’avoir dormi pour les 10 prochaines années !

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