retour sur 2 mois en Russie

Après avoir traversé toute la Russie, il est temps pour moi d’essayer de vous donner mes impressions.

Sur Moscou tout d’abord, où j’ai passé mes deux derniers jours : une magnifique ville, du moins pour son centre, une architecture incroyable (voir les 7 soeurs, bâtiments soviétiques si imposants et toujours surmontés d’une étoile), qui fait de Saint-Petersbourg une ville uniforme et monotone. 

Moscou est une belle ville, à admirer de nuit, en robe courte et talons de préférence.

J’y ai aimé les contrastes visuels, entre le grand bâtiment massif et les vieilles maisons en bois, les églises et monastères délabrés à quelques pas d’une avenue bouillonnante d’activité. La Russie vous offre souvent ces juxtapositions maladroites, drôles et finalement attachantes. L’exemple le plus parlant est la proximité immédiate du ГУМ (goum, sorte de « Printemps » russe de la fin du XIXe avec de magnifiques verrières, des stands de glaces ou de marrons glacés dans les allées qui séparent les boutiques de luxe : Cartier, Gucci, Versace s’exposent et se vendent à 100 mètres de la dépouille de Vladimir Illitch Lenine. En effet, le goum est situé sur la place rouge, juste en face du Mausolée du père de l’URSS, qui repose dans un cercueil de verre, cils et bouche cousus, embaumé et exposé (gratuitement !) à la vue du peuple russe, et surtout des touristes chinois et européens. Le pauvre ainsi empaillé ne peut même pas se retourner dans son cercueil de verre, devant la profusion de luxe et l’empire du capitalisme qui se dresse en face de lui. Brejnef, Andropov, Staline et d’autres copains sont là aussi, mais ils ont eu le droit à une vraie tombe en extérieur, côté Kremlin.

 

Sur La Russie, maintenant. C’est IMMENSE. D’accord, je ne vous apprends rien, vous savez que c’est le plus grand pays au monde. Certes, mais en prenant le train ça se ressent, tout comme on ressent qu’il y a un milliard d’Indiens quand on est à la gare de Delhi.

La Russie regorge d’espace et fait des efforts pour le valoriser. Écologiquement parlant, c’est un contre-argument : « on s’en fout, on en a plein », que ce soit de l’eau, de l’énergie fossile ou juste de la place. Je crois que j’avais aussi ressenti cela en Argentine et l’inverse est également très vrai : la préservation de l’environnement prend plus de sens en espace très limité. Du coup, bravo aux scandinaves, qui ont à la fois un vaste territoire (au regard de leur population) et une conscience écologique. Ils sont vraiment parfaits, ces scandinaves, c’est excessivement agaçant !

Les Russes cultivent ce qu’ils peuvent et n’ont pas de conflits fonciers comme on en connaît en France, pour un demi hectare… en avion, les terrains defriches et valorisés apparaissent comme rares, alors que la sensation s’inverse au survol de la Pologne ou de l’Allemagne : en Europe, ce sont les forêts qui font figure d’exception.

La Russie est grande, certes, mais relativement unifiée. Le sentiment nationaliste russe est fort, renforcé sans doute par la propagande de Poutine et la haine de l’américain et de l’OTAN. Les Français sont appréciés, grâce à Gérard Depardieu et Jean Reno… ce qui vous donne une idée du niveau…

Le bolchevisme avait au moins réussi à respecter et intégrer les peuples minoritaires. Par contre, lors que les intérêts économiques et militaires de la Russie sont menacés, ces républiques ne peuvent que se soumettre aux directives de Moscou ou se faire renverser, voire massacrer.

 

Sur Poutine : un culte de la personnalité très réussi, enfin, les Russes ont tout de même 100 ans d’expérience en la matière. Poutine est la puissance et la virilité incarnée. Comme quoi, il faut être petit et moche pour dégager cela en politique : qui l’eût cru ?

Ma couch surfeuse (mon hôte) de Khabarovsk m’a gentiment conviée à la fête nationale du drapeau, sur la plus grande place de la ville. Là, devant une sono exécrable, des jeunes de la jeunesse hitl… euh poutinienne, en trellis, béret et nattes ont fait un spectacle avec le drapeau russe (comme nous on a pu le faire pour la commémoration de la résistance) puis tout le monde a lâché ses ballons rouge, bleu et blanc gonflés à l’hélium et au sentiment patriotique.

Renseignements pris à posteriori auprès de mon hôte, cette célébration a lieu pour la première fois cette année et est organisée par le parti de La Russie Unie, de notre cher Vladimir Poutine et son pote Medvedev. J’ai tenté de prendre en photo une magnifique et fière famille russe, arborant tous les 5 une photo du président sur leur t-shirt (voir mes photos sur google+). Affligeant. Inquiétant aussi, je ne sais pas vraiment comment on revient en arrière par rapport à une telle vénération. C’est néanmoins possible, vu que Staline a été effacé des places publiques et du cœur des vieux russes, mais ça doit prendre du temps. Mais est-ce seulement possible de gouverner un pays si vaste et diversifié de façon démocratique ? Sans police d’état ?

Concernant la police justement, on a étés agréablement surpris : on n’y est jamais confronté hors du kremlin. La police russe est plus discrète qu’en France (le pire étant pour moi la Gare du Nord, avec bidasses et kalachs en pleine ville). Et les gens sont libres de donner leur avis sur tout. Le problème est plutôt que les informations sur lesquelles ils basent leur avis ne sont peut être pas exhaustives. Du côté russe comme du côté occidental, la guerre froide n’est pas achevée dans les médias : raccourcis, préjugés et stigmatisation me semblent encore prévaloir.

Le racisme prégnant dans la société est navrant, de même que l’homophobie. Lasse de ne pouvoir avoir une conversation constructive avec eux et des remarques stupides, j’avais juste envie de refaire « le baiser de Toulouse » en version interraciale, et de préférence devant une église.

 

Enfin, les considérations économiques pour terminer : la Russie est un pays assez cher : on ne mange pas avec 2 euros, l’essence coûte environ 0,70€, les prix des billets de train ont plus que doublé dernièrement. Les beignets, la vodka et les clopes sont malheureusement très bon marché, ce qui peut expliquer la très faible espérance de vie. Les Russes ont des smartphones et des tablettes, des gros 4×4. Beaucoup d’entre eux sont plus riches que moi et vont même au ski chez nous, parce que le service est meilleur. Ils vont aussi à Paris en vacances, mais en reviennent terriblement déçue car la ville de l’amour est sale et pleine de noirs et d’arabes.

C’est avec GRAND PLAISIR que j’ai retrouvé notre mixité sociale. Et aussi le vin français, le pain français… et les mitigeurs dans le bon sens !

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Un commentaire pour retour sur 2 mois en Russie

  1. Le pain et le vin ! OUIII !

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