Le sens des glaciers

Me revoilà en Argentine ! Finalement pas de voyage en bateau car les départs ne sont plus le lundi mais le vendredi et je ne pouvais pas attendre 5 jours car je dois rejoindre Mathilde et Charles côté argentin.

La route pour la frontière n’est pas moche non plus : lacs, volcans enneigés et araucarias de part et d’autre de la route ! Notons tout de même que les Araucarias, conifères emblématiques du Chili s’arrêtent très vite après le passage de la frontière argentine, comme

 si les argentins ne voulaient même pas des arbres chiliens ou les enlevaient discrètement par fierté !

Mon séjour au Chili s’est terminé en apothéose (n’ayons pas peur du mot, même si Mathilde m’en a corrigé mon orthographe douteuse) sur une ascension géniale du volcan Villarrica, 2860 m. Première randonnée à ski pour Amandine, un grand soleil mais de la neige franchement gelée à la montée. Papa, Jacques, vous avez raison « ON PREND TOUJOURS LES COUTEAUX ! (vin zou) » sinon, le jour où on ne les a pas, la neige ne daigne pas se réchauffer pour nous permettre de monter sereins et on a peur de déraper là où c’est tout gelé…

Une bonne partie de 1400m de montée s’est faite du coup en chaussures de skis, crampons et piolet, avec skis et bâtons sur le sac (c’est quand même lourd et ça prend le vent).

Arrivées en haut (après tout le monde, car notre groupe de rares skieurs a laissé passé les marcheurs pour laisser le temps à la neige de se réchauffer pour être parfaite à la descente), panorama génial sur tous les lacs de la région et les volcans voisins, jusqu’à la frontière argentine (cerro Tronador, que j’aurais aimé approcher plus en Argentine, mais la route est effondrée…). Et un cratère magnifique, à la fois fumant et rempli de neige, ce qui donne des concrétions de glace rondes très belles. Descente GÉNIALE (et bien méritée!) dans de la bonne neige de printemps austral, qui m’a mise face à mes contradictions : adorer skier, en habitant à La Réunion…

Le retour en Argentine (sur l’air de Volver, de Carlos Gardel) est un peu déroutant : ils parlent bien argentin, mais il y a plein de blonds et de roux ! A Bariloche, j’ai découvert l’Argentine des montagnes et les populations très européennes.

Pour reprendre mes repères, j’ai bu un submarino (tasse de lait chaud dans laquelle on plonge une barre de chocolat, boisson purement argentine alors que très simple) dans une station YPF (la compagnie pétrolière argentine) comme j’ai pu le faire plein de fois avec Hugo à Tilcara. Deuxième surprise : un submarino coûte 20 pesos ! Dans le temps, en 2008, on devait le payer 3 pesos…

Il faut donc que j’oublie tous mes repères de prix, sans quoi je ne vais plus rien pouvoir acheter sans avoir l’impression de dépenser une fortune. C’est comme si c’était une nouvelle monnaie, mais avec des billets que je connais… même s’il y a Évita maintenant sur les nouveaux billets de 100 pesos !

Les billets de 100 pesos restent les plus grosses coupures disponibles en Argentine. Ayant changé tous mes euros avant d’aller dans le grand sud, je me retrouve avec 7000 pesos argentins en billets de 100… Ce qui donne, dans ma pochette ventrale secrète, un léger ventre de femme enceinte… Ça peut être une technique pour ne pas attirer les convoitises !

Pas de ski en Argentine, mais une journée de vélo et une journée de marche autour de Bariloche, au bord du lac. Le côté Argentin me semble plus accidenté mais avec moins de volcans. Puis bus pendant 28 heures, direction El Calafate, bien plus au sud. J’y ai

 retrouvé ma rousse préférée, c’est assez marrant de se voir n’importe où dans le monde !

El Calafate est une assez grande ville très commerciale en Patagonie argentine. Si les gens n’y vendent pas leur mère, c’est parce qu’elle est restée à Buenos Aires. Tout est vendable, de préférence très cher. Son principal intérêt est sa proximité avec le Perito Moreno. Non, ce n’est pas un petit chien marron et oui, je suis sûre que vous en avez déjà vu des photos. Il s’agit d’un mur de glace de plusieurs kilomètres de largeur sur une quinzaine de hauteur qui avance inexorablement (et à la vitesse non négligeable de 2 mètres par jour) dans le lac Argentino, qui a le bon goût d’être d’un magnifique bleu turquoise opaque (précédemment nommé bleu soupline dans le cas du lac issil-kul dans l’épisode du Kirghizstan). Parfois le glacier gagne et touche la péninsule Magallanes depuis laquelle nous l’admirons ; souvent le lac a le dessus et le débite en icebergs qui ne verront hélas jamais leurs cousins qui sont en mer.

Vous pouvez payer TRÈS cher pour marcher dessus (à le voir, on se demande bien où, il est franchement bien plus torturé et crevassé que notre chère et douce Mer de Glace) ou pagayer ou naviguer entre ses icebergs. Sinon, vous pouvez vous asseoir en face et le regarder (et l’écouter !) avancer. Voir des petites avalanches dévaler les pentes jusqu’au lac, une fissure se former, se détacher un gros morceau, sous un bruit de détonation et former une vague qui retournera un autre iceberg déjà formé. Et vous ne ferez que cela pendant des heures, parce que ce spectacle se suffit à lui même. Vous pourrez parier sur le prochain bout qui s’effondre ou essayer de nommer les séracs en fonction de leur forme, comme des petits nuages bleus glacés. J’espère qu’il y a une webcam en direct de la péninsule Magallanes pour que vous puissiez en avoir un aperçu visuel et sonore.

Si marcher sur le glacier du Ruan m’a donné en septembre l’impression d’être au chevet d’un mourrant, ici la nature fait rouler ses muscles et me montre de quoi elle est capable. Le Perito Moreno n’est pas en régression et il est entouré de plein d’autres glaciers moins célèbres : Viedma, Upsala… Et puis ceux du Fitz Roy et du Cerro Torre… Comment dire… c’est un cours de glaciologie et géologie en une rando. Comment la glace s’accumule, se comprime, se déchire, se crevasse, se taille un chemin dans la roche, se salit et charie des blocs. Comment elle finit par chuter d’une barre rocheuse ou dans un lac (toujours plus ou moins bleu soupline (je veux bien arrêter d’être aussi commerciale si quelqu’un me donne le nom de ce bleu !)). Comment les p’tits icebergs vont fondre puis se déverser en eau blanche dans une multitude de lacs à la suite les uns des autres jusqu’au grand lac Argentino ou Viedma.

Certes nos montagnes chamoniardes sont très belles, mais elles m’ont toujours donné l’impression d’être un reliquat de l’ère glaciaire en sursis, à la merci de notre société de consommation et de nos politiques… Ici la nature fait son spectacle, sa démonstration de force et c’est pas prévu de s’arrêter… Voir enfin un glacier avancer au lieu de voir les nôtres régresser, agoniser, c’est quelque chose que j’aimerais que mes enfants puissent également faire. C’est quand même le sens normal d’un glacier : descendre dans la vallée, et pas remonter se carapater au bout d’une vallée suspendue !

Je vais sans doute écrire un article sur la perception de la nature et de l’écologie à travers les pays et les écosystèmes, par rapport à ce que j’ai pu voir. Toujours est-il que ça m’affecte et m’attriste de plus en plus. Certes, c’est assez hypocrite de ma part, car je voyage à coup de kérosène, gasoil, essence et uranium enrichi plus qu’avec mes cuissots…

Il va falloir plastiquer un paquet de pylônes (NRL) et pédaler double à mon retour pour compenser tout cela… Vous me direz « ça tombe bien, tu travailles dans l’environnement ! » et je vous répondrais « euh, oui, mais bon, euh, c’est compliqué, je vous expliquerai ». Toujours la question du travail éthique, de ce qu’on peut en faire et ce qu’on peut essayer de faire à côté.

Prochaine destination : la péninsule Valdez, sanctuaire de faune marine et terrestre. Mon royaume pour voir des orques chasser !

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2 commentaires pour Le sens des glaciers

  1. johanducros dit :

    Alors pour le « bleu », je n’ai pas trop d’idées,… bleu d’auvergne peut être? C’est un peu chauvin ok… Et pour la NRL, si tu peux nous ramener une belle dépression tropicale pou nout’ noel ça serait super et ça économiserait un peu de dynamite.

  2. Ping : Un autre volcan a pété ! | Découvrons ensemble La Réunion… et le monde

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